Interview de l'architecte du nouveau siège d'Ecocert

23.08.12

Jean-François Collart est l'architecte du nouveau bâtiment en cours de construction au siège d'Ecocert à L'Isle Jourdain. Lors d'une interview, il nous a livré sa vision du projet et de l'architecture "verte".

 

Collart-Malvy

M. Collart et M. Malvy, Cérémonie Pose de la 1ère botte de paille

 

Comment décririez-vous votre « signature » d’architecte ?

J-F.C : C’est vrai qu’un architecte signe ses projets, administrativement mais aussi intellectuellement. La signature de mon agence met en avant son éthique : respect de l’environnement, depuis plus de vingt ans, et respect de l’utilisateur. Nos réalisations sont donc signées par l’utilisation de matériaux naturels tels que le bois, la terre, et par des ambiances différentes où la matière s’exprime simplement avec la lumière naturelle. Nos projets cherchent leur maturité dans la simplicité du plan et de la forme. Le bois brut côtoie l'enduit de terre lisse ou l’acier. Les débords de nos toitures sont minces, brillants et effilés comme une lame, ils reflètent le ciel, en contraste avec le bois rond de la structure qui rassure par sa massivité.
Notre signature, c’est peut-être ce paradoxe, la rencontre de matériaux du passé, de matières poilues et vivantes et des formes modernes et rigoureuses.

 

Comment concilier architecture et image d’entreprise ? Quelle est votre expérience dans ce domaine et comment avez-vous approché l’image d’Ecocert ?

J-F.C : L’architecture est là pour servir l’image de l’entreprise, je garde en mémoire cette phrase d’un patron d’une star-up qui avait des clients à l’autre bout du monde : “si nos clients viennent dans nos locaux actuels nous les perdons le lendemain!”. Nous avons donc travaillé ensemble sur la conception de leurs nouveaux locaux, bioclimatiques bien sûr et entièrement en matériaux sains. Le dicton “un bon maître de l’ouvrage égale un bon projet” s’est vérifié et nous avons pu définir un concept de bureaux sans climatisation, sans faux planchers, sans faux plafonds, confortables et économes en énergie. Nous avons réalisé encore d’autres projets où notre approche différente a permis à l’entreprise d’exprimer son image par celle de son siège social, sans tapage, sans les clichés environnementaux que sont l’apport maladroit de panneaux photovoltaïque ou de bardage bois sur des murs en béton.
Pour avoir réalisé les premiers locaux d’Ecocert, je connaissais déjà “de l’intérieur” cette entreprise, toutefois le projet se devait d’être nouveau et innovant. Nous avons donc voulu mettre en avant ce qui tient à cœur à Ecocert : l’intégrité et la prospective exprimées ici par une architecture sobre, qui soit une référence en terme de construction à faible impact environnemental. La construction en paille, issue de l’agriculture biologique, nous est apparue comme une évidence.

 

De quelle façon avez-vous pensé l’intégration du nouveau bâtiment Ecocert dans son environnement ?

J-F.C : Le nouveau bâtiment d’Ecocert est implanté dans un environnement qui a été bouleversé en deux décennies. Le premier bâtiment se devait d’être discret dans le paysage et proche de la typologie des fermes environnantes .Entre temps, un lotissement a couvert les terrains environnants de maisons diverses et variées, où l’architecture a peu de place. Nous avons implanté le bâtiment en favorisant son orientation et les vues sur le paysage depuis les différents niveaux. Le dômespace existant a été déplacé et le nouveau bâtiment est visible depuis la ville en contrebas. Son impact est fort dans le contexte urbain mais la peau de bois qui l’habille va se patiner et lui permettre de se fondre dans les teintes du paysage. Cette intégration se fait donc par l’expression d’une présence,  de l’affirmation d’une architecture simple et qui s’expose avec sa matière, sans honte d’exister, car définitivement recyclable. 

 

Aujourd’hui quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la construction d’un bâtiment écologique (Prestataires, coût, perception…etc.)?

J-F.C : Avant même la construction d’un bâtiment écologique, nos difficultés actuelles sont surtout de pouvoir marquer notre différence dans un environnement où le "Green washing" fait fureur. Je pense à une anecdote : nous avions réalisé un aménagement, avec coupole et voûtes en terre crue, dans le musée des insectes tout en béton de Micropolis, nous avions été félicités pour " notre résine qui semble être de la terre ". C’était bien de la terre, comme nos projets sont bien des projets bio climatiques, à faible impact écologique et où le confort peut être vécu au jour le jour par les utilisateurs.
L’engouement pour la construction écologique se limite encore bien souvent à un calcul de watt/m2, et à des calculs savants de logiciels thermiques qui avouent avoir une précision de 30%. On me pose souvent la question " comment faites vous pour trouver des entreprises pour faire de tels projets ? ". Eh bien,  il existe un vrai engouement pour la construction écologique d’entreprises motivées et sensibles à la qualité de leur travail et aussi  à leurs conditions de travail qui  nous donnent envie de continuer dans notre démarche.
Le coût de nos projets est toujours le même au mètre carré que les constructions de prestations équivalentes, par contre, dans la durée et l’entretien nos bâtiments sont moins coûteux, sans parler même de « recyclabilité ». Les difficultés de « construire écolo » ne sont pas celles d’il y a vingt ans, où un mur en terre crue, un capteur solaire amusaient au mieux, et faisaient fuir les clients en général. Nous avons prouvé depuis que nous savions faire des projets pertinents, durables et efficaces, mais les bureaux de contrôle et même les bureaux d’études sont encore frileux pour nous suivre. Pourtant…

 

L’architecture « verte », est-elle selon vous avant-gardiste ou remet-elle au goût du jour des méthodes traditionnelles ?

J-F.C : Qu’une entreprise de renommée internationale comme Ecocert choisisse le bois et la paille pour réaliser ses locaux est une formidable opportunité pour montrer que l’architecture verte avance, avec modernité.
Il s’agit là encore du mélange paradoxal de structures calculées, de sections précises, de calculs d’hygrométrie, de teneur en CO2, de gestion informatique des flux d’air avec de la matière vernaculaire comme la terre crue et le bois. C’est donc de l’avant-garde maîtrisée par un certain « bon sens » qui permet d’utiliser à bon escient des solutions éprouvées et que même les logiciels de pointe nous valident. Il reste à mettre à l’étude le logiciel de calcul du bien-être et du confort des futurs occupants du bâtiment en paille d’Ecocert !

 

>> Pour aller plus loin, n'hésitez pas à découvrir le site de l'agence Collart en cliquant ici.

 

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